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Renaissance

Renaissance
Le stylo sur ma tempe s'enfonce, perce ma chair, la pénètre lentement. La blessure s'écarquille, accouche d'une goutte de sang, dans un cri muet. Un mal sourd se diffuse autour de la plaie, en déborde, atteint bientôt tout mon crâne. Je ressens chaque poussée de ces doigts assassins dont la folie suicidaire grandit avec la douleur. La pointe perforant ma peau a laissé derrière elle une empreinte écarlate. Ecorchée vive, consciente de mon mal, je sens le sang se mêler à mes larmes. L'encre amère de mon stylo s'immisce sournoisement dans mes veines. Elle corrompt une à une mes pensées. Mes idées s'enveniment, virent au noir; ma volonté m'échappe. Furieuse, je serre les dents et appuie plus fort, pousse plus loin. Ma tête est sur le point d'exploser. Le besoin de la vider devient vital. J'en arrache avec rage mon stylo, et j'écris sans relâche, à en perdre haleine, en sachant que je n'y survivrai pas. A chaque coup de crayon, c'est mon âme qui se déverse sur le papier. Elle y coule jusqu'à la dernière goutte...

Une fois la douleur estompée, épuisée, je m'aperçois avec stupeur que le papier n'est pas humide, ni ravagé par la tempête de mon être. Il ne reste aucun vestige de la scène qui vient d'avoir lieu. Tout au plus distingue-t-on une fine marque noire : quelques mots ; seul signe d'un invisible deuil.

# Posté le lundi 18 août 2008 16:59

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