"Que Dieu vous bénisse, mes amis, et vous donne tous les jours de bonheur qu'il me retranche !"

"Que Dieu vous bénisse, mes amis, et vous donne tous les jours de bonheur qu'il me retranche !"
« (...) alors je soupire et m'écrie en moi-même : « Ah ! si tu pouvais exprimer ce que tu éprouves ! si tu pouvais exhaler et fixer sur le papier cette vie qui coule en toi avec tant d'abondance et de chaleur, en sorte que le papier devienne le miroir* de ton âme, comme ton âme est le miroir d'un Dieu infini !... » Mon ami... Mais je sens que je succombe sous la puissance et la majesté de ces apparitions. »

...

« 26 novembre.

Quelquefois je me dis : « Ta destinée n'est qu'à toi : tu peux estimer tous les autres heureux ; jamais mortel ne fut tourmenté comme toi. » Et puis je lis quelque ancien poète ; et c'est comme si je lisais dans mon propre c½ur. J'ai tant à souffrir ! Quoi ! il y a donc eu déjà avant moi des hommes aussi malheureux ! »

...

« 22 mai.

La vie humaine est un songe : d'autres l'ont dit avant moi, mais cette idée me suit partout. Quand je considère les bornes étroites dans lesquelles sont circonscrites les facultés de l'homme, son activité et son intelligence ; quand je vois que nous épuisons toutes nos forces à satisfaire des besoins, et que ces besoins ne tendent qu'à prolonger notre misérable existence ; que notre tranquillité sur bien des questions n'est qu'une résignation fondée sur des revers, semblable à celle de prisonniers qui auraient couvert de peintures variées et de riantes perspectives les murs de leur cachot ; tout cela, mon ami, me rend muet. Je rentre en moi-même, et j'y trouve un monde, mais plutôt en pressentiments et en sombres désirs qu'en réalité et en action ; et alors tout vacille devant moi, et je souris, et je m'enfonce plus avant dans l'univers en rêvant toujours. Que chez les enfants tout soit irréflexion, c'est ce que tous les pédagogues ne cessent de répéter ; mais que les hommes faits soient de grands enfants qui se traînent en chancelant sur ce globe, sans savoir non plus d'où ils viennent et où ils vont ; qu'ils n'aient point de but plus certain dans leurs actions, et qu'on les gouverne de même avec du biscuit, des gâteaux et des verges, c'est ce que personne ne voudra croire ; et, à mon avis, il n'est point de vérité plus palpable. Je t'accorde bien volontiers (car je sais ce que tu vas me dire) que ceux-là sont les plus heureux qui, comme les enfants, vivent au jour la journée, promènent leur poupée, l'habillent, la déshabillent, tournent avec respect devant le tiroir où la maman renferme ses dragées, et, quand elle leur en donne, les dévorent avec avidité, et se mettent à crier ; ''Encore !''... Oui, voilà de fortunées créatures ! Heureux aussi ceux qui donnent un titre imposant à leurs futiles travaux ou même à leurs extravagances, et les passent en compte au genre humain comme des ½uvres gigantesques entreprises pour son salut et sa prospérité ! Grand bien leur fasse, à ceux qui peuvent penser et agir ainsi ! Mais celui qui reconnaît avec humilité où tout cela vient aboutir ; qui voit comme ce petit bourgeois décore son petit jardin et en fait un paradis, et comme ce malheureux, sous le fardeau qui l'accable, se traîne sur le chemin sans se rebuter, tous deux également intéressés à contempler une minute de plus la lumière du ciel ; celui-là, dis-je, est tranquille : il bâtit aussi un monde en lui-même ; il est heureux aussi d'être homme ; quelque bornée que soit sa puissance, il entretient dans son c½ur le doux sentiment de la liberté ; il sait qu'il peut quitter sa prison quand il lui plaira. »

* (Je me demande ce qu'ils ont tous avec leurs miroirs XD)

[Extrait de Les souffrances du jeune Werther, Goethe]

# Posté le mercredi 23 juillet 2008 18:42

Modifié le jeudi 24 juillet 2008 11:12

Au bout de la page...

Au bout de la page...
Les envolées pseudo-lyriques me fatiguent. Les belles phrases aux mots soigneusement choisis me donnent de l'urticaire. Il n'y a rien de pire qu'un raconteur d'histoire qui se prend pour un artiste. Rien ne me rebute plus que ces hommes qui se prennent au jeu de l'écriture et croient manier les lettres avec un brio dont eux seuls seraient capables. Ils n'ont toujours pas compris que leurs écrits sonnent creux, que leurs mots tombent à plat, et que leur prose écrase leurs lecteurs. Quand on y pense, c'est pathétique. Ils assènent à leurs fans imaginaires des coups de plume qu'ils pensent justes et bien placés ; de ceux qui touchent le c½ur et pénètrent l'âme. Et pourtant, il n'y a rien de plus ridicule que leurs transports, rien de plus niais que l'épanchement de leurs c½urs sur le papier. En plus de se mentir, ils nous jouent la comédie. Ils s'affichent complaisamment devant nos yeux et déposent cérémonieusement à nos pieds tout leur malheur. Ils nous balancent leurs mots prétendument chargés d'émotions à la figure, pour qu'on compatisse. Et ils en sont fiers. Fiers de partager leur vie avec nous, fiers d'avoir su nous dire ce qu'il leur trottait dans la tête et qui envahissait leur c½ur depuis si longtemps. Comme si le monde s'en souciait...

# Posté le mercredi 23 juillet 2008 12:37

Pauvre type

Pauvre type
J'ai l'air d'un con
Assis sur mon trottoir
A chanter l'abandon
C'est vraiment ringard
Assis comme un vagabond
Les passants se marrent
J'ai l'air d'un con
Et j'ai le cafard

J'ai l'air d'un con
Avec ma musique triste
Mes solos de violon
Mon âme d'artiste
Je murmure son nom
Son sourire persiste
Les gens s'en vont
Mon c½ur insiste

J'ai l'air d'un con
Perdu dans la nuit noire
Au milieu du béton
J'laisse tomber mes espoirs
Elle m'a pris pour un con
Partie sans au revoir
Elle était ma passion
Ma plus belle histoire

J'ai l'air d'un con
J'continue à chanter
A me faire une raison
J'essaie d'oublier
J'ai l'air d'un con
Et je fais pitié
Avec mes illusions
..........................Mes rêves blessés

# Posté le lundi 21 juillet 2008 09:54

Quand les au revoir ressemblent un peu trop aux adieux...

Quand les au revoir ressemblent un peu trop aux adieux...
Nos mains, déliées, deviennent étrangement vides quand elles se font signe. Déjà flous, nos regards embués d'ailleurs se perdent dans une drôle impression d'inachevé. Brutalement, une étrange angoisse nous saisit, et nos corps tremblent sans comprendre. Tu as peur, toi ? On sourit presque malgré nous. Bien sûr que non, tout va bien. Une vague tristesse perce dans nos voix, témoignant d'un mal qu'on ne s'explique pas. Nous demeurons interdits, confus, comme ébranlés. Un léger trouble nous traverse, nous submerge, et bientôt s'efface, bien que son empreinte subsiste. Il n'y a aucun doute, c'était de belles années. Nos joues sont encore chaudes d'hier, de ce passé trop proche, et l'idée de devoir partir est difficilement concevable. Ne t'inquiète pas, on se retrouvera, en attendant, bonne vie. Nos yeux se fuient tandis que nos c½urs, dans un malaise commun, se remplissent de larmes inavouées. Que nous arrive-t-il ? Impossible à dire. Une douleur muette s'installe ; c'est l'heure de partir. Nos au revoir ont le pénible arrière goût des adieux...

# Posté le dimanche 20 juillet 2008 08:53

Modifié le dimanche 20 juillet 2008 09:08

Ses yeux

Ses yeux
Ses yeux clair-de-lune incertains troublent l'azur
Brouillent la nuit narguent les étoiles au loin
Taquinent et défient l'infini Ses grands yeux purs
Tout bariolés de jolis rêves enfantins

Désarment les plus initiés Ses tendres yeux
Si cristallins adoucissent les peurs les c½urs
Ses yeux intensément touchants si mystérieux
Ses yeux brillants - regard à l'exquise candeur...

# Posté le lundi 14 juillet 2008 19:45